|
|
Le Figaro, 23 ao�t 2005.
Bagdad : Delphine Minoui.
Le projet de Constitution irakienne a �t� pr�sent� dans les d�lais au Parlement hier soir, mais des points de divergences persistent et seront r�gl�s dans un d�lai de trois jours, a annonc� le pr�sident de l’Assembl�e, Hajem al-Hassani. Parmi ces derniers, figure le principe du f�d�ralisme, retenu par les Kurdes et les chiites, mais auquel les sunnites sont hostiles. Majoritaires au sein du gouvernement de Saddam Hussein, les sunnites sont aujourd’hui marginalis�s en Irak. Apr�s avoir boycott� les l�gislatives du 30 janvier dernier, pour des raisons id�ologiques et s�curitaires, ils ne disposent que de 17 si�ges au sein du Parlement, qui en compte 275. Pour faire entendre leur voix, ils viennent de lancer un appel g�n�ral � la participation au r�f�rendum sur la Constitution, pr�vu le 15 octobre prochain.
Aux derni�res �lections, Mostafa Ahmed Mahdi, 26 ans, a boud� les urnes. Il a pass� la journ�e � la maison, le nez coll� � la t�l�vision, avec ses parents, sa soeur, et d’autres amis sunnites du quartier Sadiya, au sud de Bagdad. �C’�tait notre fa�on de protester contre la pr�sence am�ricaine�, glisse-t-il. Cette fois-ci, le jeune informaticien a chang� son fusil d’�paule. Il y a cinq jours, il a inscrit son nom et celui de tous les membres de sa famille sur les listes �lectorales, pour s’assurer de pouvoir participer au r�f�rendum sur la Constitution irakienne, pr�vu le 15 octobre prochain, puis aux �lections du mois de d�cembre.
�J’ai trois bonnes raisons d’aller voter�, dit-il. �D’abord, mon p�re m’y encourage, et ici, c’est la parole des a�n�s qui prime. Et puis, j’applique les ordres de l’imam sunnite de notre quartier qui a prononc� une fatwa (d�cret religieux) nous ordonnant d’aller voter. Troisi�mement, c’est pour que notre voix soit entendue et qu’on dispose de repr�sentants dans le futur gouvernement.�
En janvier dernier, seulement 2% des Arabes sunnites avaient particip� aux �lections l�gislatives. Mais depuis l’ouverture, d�but ao�t, des centres d’inscription, ils sont nombreux, comme Mostafa, � s’y �tre rendu. Ils r�pondent � un appel g�n�ral lanc� par diff�rents clercs et chefs de partis sunnites politiques, qui avaient appel� au boycottage du dernier scrutin. A l’�poque, l’objectif �tait de protester contre les op�rations militaires de grande envergure men�es par les forces am�ricaines � Faludja et dans d’autres villes.
Car l’abstention des Arabes sunnites � environ 20% de la population irakienne � leur a vite jou� des tours. Sous repr�sent�s au Parlement provisoire, face aux blocs chiite et kurde, minoritaires au sein du conseil de r�daction de la Constitution, ils se sont arrach� les cheveux, tout l’�t�, pour faire entendre leurs revendications politiques. En vain. Ils d�fendent, entre autres, le maintien d’un pouvoir central, et s’opposent fermement au principe du f�d�ralisme, pressenti comme la pierre angulaire de la future Loi fondamentale. �Les sunnites ont �t� exclus de la plupart des discussions�, grommelle Eyad Samaraee, membre du Parti islamique irakien.
Ces derni�res semaines, son groupe s’est lanc� dans une vaste campagne en faveur d’une large participation aux �lections. A coup de posters, d’articles de presse et de tracts distribu�s � la sortie des mosqu�es. �Nos maisons et nos mosqu�es ne seront plus assaillies (par les forces am�ricaines). Allez vous inscrire pour le r�f�rendum sur la Constitution�, peut-on lire en arabe sur une des nombreuses banderoles qui ornent les murs d’�coles et de mosqu�es de quartiers sunnites de Bagdad.
La mobilisation a vite port� ses fruits. �Les pro vinces sunnites comme Anbar, Salah al-Din et Niwana sont celles qui ont re�u le plus grand nombre d’inscriptions pour aller voter. Les habitants s’y sont rendus en nombre d�s l’ouverture des centres�, commente Farid Eyar, le porte-parole de la Haute Commission �lectorale ind�pendante. �C’est un signal positif�, optimise-t-il. A Faludja, bastion sunnite � 50 kilom�tres � l’ouest de Bagdad, cinq centres d’inscription ont pour l’instant �t� ouverts. �Mais face � l’affluence massive, les habitants de Faludja nous demandent d’en ouvrir d’autres�, dit-il. Les Irakiens ont jusqu’au 31 ao�t pour s’inscrire. Sur les quelque 30 000 bureaux de vote qui seront ouverts le 15 octobre, la Commission promet �galement de veiller � ce que les provinces sunnites ne soient pas n�glig�es.
En appelant � un vote massif, les sunnites ont bien s�r leur petite id�e derri�re la t�te : faire jouer leur droit de veto contre leur b�te noire, le f�d�ralisme, s’il est retenu dans la Constitution. Selon la loi fondamentale transitoire, si, dans trois des dix-huit provinces, deux tiers des �lecteurs votent, en octobre, contre le texte constitutionnel, alors il sera rejet� et il faudra recommencer de z�ro. Or, les sunnites sont majoritaires dans quatre provinces.
Vendredi dernier, des tracts sign�s par le Parti islamique irakien et distribu�s � la sortie de la grande pri�re appelaient d�j� � voter �non � la division de l’Irak, non aux sc�narios des Occupants, non aux projets anti-arabes, non � l’oppression et � la marginalisation�. Tout en ajoutant : �Si vous ne vous inscrivez pas et que vous ne votez pas, vous serez d�pourvus de vos droits, peut-�tre pour les cinquante ann�es � venir. Ne n�gligez pas ce devoir patriotique et religieux.�
Cette nouvelle mobilisation politique n’est pas sans risque. Ce m�me vendredi, trois membres du Parti islamique irakien ont trouv� la mort, sous une pluie de balles, � Mossoul, au nord du pays, apr�s avoir �t� enlev�s alors qu’ils collaient des posters appelant les �lecteurs � s’inscrire. Avant de les tuer en public, les insurg�s les trait�rent d’�infid�les� et d’�opposants � l’islam�. A Samarra, au sud, des tracts mena�ant de mort toute personne s’inscrivant sur les listes ont commenc� � circuler dans les quartiers sunnites. Ils sont sign�s de groupes se revendiquant de la r�sistance. Le mois dernier, deux r�dacteurs sunnites de la Constitution avaient �galement �t� assassin�s en plein coeur de Bagdad. Peu avant, la section irakienne d’al-Qaida, rattach�e � l’islamiste al-Zarqaoui, avait ouvertement menac� de tuer quiconque participerait � l’�laboration du texte constitutionnel.
Pour d�fier les menaces, chaque bureau d’inscription est prot�g� par la police locale et par des soldats de la Garde nationale irakienne. Mais au coeur du triangle sunnite � surnomm� le �triangle de la mort� � cela ne suffit pas. Dans certaines villes, comme Ramadi, les chefs tribaux ont offert leurs services � la Commission �lectorale pour garantir un maximum de s�curit�. �Il y a des gens qui essayent de faire �chouer le processus �lectoral. Mais cette fois-ci, on est pr�t � participer jusqu’au bout, m�me au risque de voir les bureaux de vote exploser !�, s’exclame Hassan Zeidan, chef du Front national des tribus irakiennes, et membre du Conseil de dialogue national sunnite.
Leave a Reply